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N°
843 _____ ASSEMBLÉE
NATIONALE CONSTITUTION
DU TREIZIÈME
LÉGISLATURE Enregistré
à la Présidence de l’Assemblée nationale le PROPOSITION
DE LOI CONSTITUTIONNELLE visant
à interdire à un parti politique
de
se réclamer d’une
religion ou d’une ethnie, (Renvoyée
à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de
l’administration générale de la République, à défaut de
constitution d’une commission spéciale dans
les délais prévus par les articles 30 et 31 du Règlement.) PRÉSENTÉE PAR
M. Jacques MYARD, député. EXPOSÉ
DES MOTIFS Mesdames,
Messieurs, Le
communautarisme, c’est-à-dire la défense des intérêts spécifiques
ou la recherche de droits particuliers pour un groupe ethnique ou
religieux, se développe malheureusement dans la société française
sur le terreau des difficultés liées à l’intégration. Ce phénomène
est potentiellement dangereux, il peut à terme menacer directement
l’indivisibilité de la République. Or le principe de laïcité
a depuis
longtemps fait ses preuves comme le meilleur garant de la cohésion
nationale et du respect des droits individuels, en plaçant clairement
la religion dans la sphère strictement privée. Ainsi, les activités
religieuses jouissent d’une liberté totale, garantie par la loi, dès
lors qu’elles ne sont pas un enjeu « en soi » du débat public. Toutefois
depuis quelque temps, certains groupes religieux cherchent à remettre
en cause cette séparation bien ancrée dans la tradition républicaine
en faisant campagne directement au nom d’une religion, comme on l’a
vu aux dernières élections municipales
de Strasbourg
. Des
partis politiques se réclamant ouvertement d’une religion ont ainsi
fait leur apparition, s’adressant de façon discriminatoire à une
fraction de la population en fonction de son origine ethnique ou de son
appartenance religieuse. Il s’agit là d’une grave dérive, qui
derrière la liberté d’opinion, n’a d’autre but que de remettre
en cause les fondements mêmes du pacte républicain. Ces
groupes profitent actuellement de l’absence de définition claire du
parti politique
dans la loi,
simple association loi de 1901 qui « se forme et exerce son activité
librement » conformément à l’article 4 de la Constitution. Ainsi,
toute association religieuse a la possibilité de s’appeler « parti
» et d’avoir une activité politique en prenant part au débat public
et en présentant des candidats aux élections. La
participation aux élections est la seule particularité des partis
politiques qui les distinguent d’une association ordinaire. Il suivent
alors les dispositions des articles 7 à 11-9 de la loi du Les
seules limitations aux valeurs ou aux références idéologiques
auxquelles les partis politiques peuvent se référer sont celles énoncées
à l’article 4 de la Constitution : « Ils doivent respecter les
principes de la souveraineté nationale et de la démocratie ». En
outre, ils peuvent être dissous comme toute association « formée en
vue d’une cause ou d’un objet illicite, contraire aux lois, aux
bonnes mœurs, ou qui aurait pour but de porter atteinte à l’intégrité
du territoire national et à la forme républicaine du gouvernement »
(article 3 de la loi du 1er juillet 1901). La nullité est prononcée
soit par décret en Conseil des ministres conformément à l’article
1er de la loi du Une
loi qui viendrait compléter la loi du 1er juillet 1901 ou bien la loi
du 1er mars 1988 en introduisant une interdiction spécifique aux partis
politiques de se référer à une religion serait ainsi contraire à
l’article 4 de la Constitution. En outre, elle apparaîtrait difficile
à mettre en œuvre, tant la frontière entre une association ordinaire
et un parti politique
est mouvante :
certains groupuscules ne présentent pas de candidats aux élections
mais interviennent dans le débat politique. Aussi,
l’interdiction de toute référence religieuse ou ethnique dans un
parti politique
doit être une
norme constitutionnelle destinée à compléter l’article 4. De surcroît,
une telle norme renforcerait légitimement le principe de laïcité
, fondement même de notre vouloir vivre ensemble. Telles
sont les raisons de la proposition de loi qu’il vous est demandé,
Mesdames, Messieurs, de bien vouloir adopter. PROPOSITION
DE LOI Article
unique L’alinéa
1er de l’article 4 de la Constitution du «
Ils ne peuvent se réclamer d’aucune ethnie ni d’aucune religion. »
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