31 juillet 2010

2002 - Le meurtre d’Elodie Kulik
par Nathalie Mazier 24/07/10 à 07h30 (francesoir.fr)


Violée et partiellement brûlée, Elodie Kulik, 24 ans, a été retrouvée morte le 12 janvier 2002 dans une décharge à Tertry (Somme). Les gendarmes détiennent plusieurs ADN, dont celui du violeur. Mais le ou les meurtriers n’ont pas encore été identifiés.


C’est une route départementale, la D44, dans la Somme, non loin d’Amiens. En ce mois de janvier 2002, le temps est froid, le brouillard s’est levé, une fine couche de verglas recouvre le bitume. Très fréquentée durant la journée, cette artère l’est beaucoup moins une fois la nuit tombée, et encore moins durant la période hivernale. Le 10 janvier 2002, Elodie Kulik, 24 ans, la traverse pour rentrer chez elle, à Péronne (Somme). Elle vient de quitter le domicile d’un ami. Elodie l’a rejoint pour dîner après sa journée de travail. Depuis le mois d’août, elle dirige la succursale de la Banque de France implantée dans sa ville. Ensuite, ils ont bu un thé chez lui, à Saint-Quentin (Aisne). Puis Elodie est partie, vers 23 h 30. La jolie jeune femme, menue, aux cheveux blonds, s’est glissée au volant de sa Peugeot 106 rouge et a filé vers son domicile, un petit trois-pièces situé au rez-de-chaussée d’un immeuble. Une trentaine de kilomètres à parcourir sur cette route qu’elle connaît bien.

A mi-chemin, la banquière est stoppée dans son trajet, victime d’un accident de la route. A 0 h 21, Elodie appelle les pompiers. En détresse, elle hurle de terreur. La communication s’interrompt. Puis plus rien, un inquiétant silence qui présage d’un drame. Le lendemain soir, la Peugeot 106 de la jeune femme est retrouvée dans un champ en bordure de la D44, à Cartigny. Le 12 janvier, à 10 h 45, à 6 kilomètres de là, un agriculteur découvre son corps partiellement dénudé et brûlé dans une petite décharge isolée à Tertry. La malheureuse a été violée et étranglée.

Cellule d’enquête
Depuis huit ans, les enquêteurs de la section de recherches d’Amiens travaillent d’arrache-pied pour retrouver les agresseurs d’Elodie Kulik. Trois ou quatre gendarmes sont mobilisés à temps plein au sein de la cellule « Homicide, viol, banquière 80 », ou « cellule Kulik » Imprégnés du dossier, ils connaissent l’affaire sur le bout des doigts.

Dans la région, la sauvagerie dont a été victime la « banquière de Péronne » hante les esprits. Les habitants se questionnent : qui a pu infliger une telle horreur à cette jeune femme pleine d’avenir ? Jolie et attirante, Elodie a-t-elle eu des ennuis avec des amoureux éconduits ? Est-elle tombée dans un guet-apens ? Des interrogations qui restent sans réponse. Les mois passent, et les enquêteurs tirent les ficelles d’un dossier compliqué aux diverses ramifications. Sans succès.

L’affaire « Kulik » est une « priorité »
Comme si un malheur n’arrivait jamais seul, l’année 2002 est marquée par deux autres meurtres de jeunes femmes dans la région. En juillet, Patricia Leclercq, 19 ans, est assassinée. Un mois plus tard, Christelle Dubuisson, 18 ans, périt elle aussi, tuée à l’arme blanche. Ambiance macabre. Le meurtrier de ces deux dernières victimes a un visage. Il s’appelle Jean-Paul Leconte, est condamné pour ces deux crimes. Mais pas pour celui d’Elodie. Il faut donc continuer à chercher, vérifier les appels téléphoniques, les éléments contenus dans les lettres reçues par les gendarmes. L’affaire « Kulik » est une « priorité », assure Jordane Duquenne, le juge d’instruction aujourd’hui en charge de l’affaire. En lien fréquent avec les gendarmes, ils font leur maximum pour résoudre ce crime sordide.

ADN du violeur
Dans la petite pièce de la gendarmerie amiénoise, spécialement dédiée à l’affaire, des cartes routières, des schémas complexes sont affichés aux murs. Incompréhensibles pour le quidam, ils exposent les éléments du dossier relatifs à l’ADN. Dans les armoires, quelque 9.500 pièces de procédure sont soigneusement rangées. Dernièrement, deux blogs (*) ont été ouverts afin de recueillir des témoignages. Les enquêteurs veulent mettre toutes les chances de leur côté et espèrent aussi que les langues finiront par se délier avec les années.

« Quatre grosses pistes de travail », selon le directeur d’enquête, le maréchal des logis-chef Fabrice Debard, occupent les enquêteurs. « La difficulté, c’est que les auteurs sont peut-être des gens qui ne sont pas connus de la justice », confie le militaire, faisant allusion à l’hypothèse d’un « dérapage d’un soir ».
Des meurtriers présumés, les gendarmes en on découvert une infime partie. Ils disposent en effet de « plusieurs ADN complexes ». Et mieux encore : un ADN nucléaire qui est celui du violeur. Après 5.000 prélèvements effectués, son porteur reste inconnu. Mais il en faut bien plus pour décourager les enquêteurs de la cellule. « L’auteur des faits, je pense qu’on le trouvera », assure le directeur d’enquête. Avec le temps, il s’en remet à cet élément insaisissable : la chance. « Il faut de la chance et on l’aura un jour ou l’autre. » Une sentence qui résonne comme une menace à l’encontre des meurtriers présumés d’Elodie Kulik.

(*) http://pagesperso-orange.fr/cellule-elodie.kulik et http://elodiekulik.skyrock.com
Pour toute personne pensant disposer d’informations sur cette affaire, la section de recherches d’Amiens est joignable au 03.22.53.69.10 et 06.11.56.54.49. Adresse : 107, rue d’Elbeuf

Source: http://www.francesoir.fr/justice/2002-le-meurtre-d-elodie-kulik