Sénat de Belgique

SESSION DE 2007-2008

1er MAI 2008


Proposition de loi interdisant le port du foulard  ou du voile pour le personnel des services publics fédéraux

(Déposée par Mme Anke Van dermeersch)


DÉVELOPPEMENTS


Le foulard est le symbole par excellence de l'infériorité de la femme au sein de l'islam

S'il existe un symbole de l'inégalité des sexes et de l'infériorité de la femme au sein de l'islam, c'est bien le foulard. En effet, le précepte du port du foulard  n'est pas simplement une règle vestimentaire stricte qui est imposée uniquement aux femmes. Chadortt Djavann, une femme de lettres et anthropologue iranienne résidant en France, a déclaré dans une interview: « Le voile n'est pas le symbole de la foi, mais celui de l'humiliation de la femme. On peut comparer le voile à l'étoile jaune des Juifs. Celle-ci justifiait aussi toutes les formes de violence ».

Certaines musulmanes radicales sont fières de leur foulard. Elles le portent comme un symbole politico-religieux, un signe de refus d'intégration et de résistance à la société et notre mode de vie. La Turquie , notamment, a instauré, dans les années vingt du siècle passé, une interdiction du port du foulard  pour le personnel des services publics et dans les universités afin d'endiguer l'islamisation du pays et de garantir la séparation entre la religion et l'État. Après sa victoire électorale de juillet 2007, le parti islamique radical AK du premier ministre, M. Erdogan, a pris l'initiative de lever l'interdiction du port du foulard, ce qui a provoqué un tollé de la part de nombreux Turcs.

Cependant, beaucoup de musulmanes ne choisissent pas de leur plein gré de porter le voile ou le foulard leur vie durant, pas plus que les femmes en Iran ou en Afghanistan ne choisissent délibérément de porter constamment la bourka ou le niqab ! En effet, le foulard est souvent imposé par leur mari, leurs parents, l'imam ou la communauté musulmane. La femme qui refuse de porter le foulard court le risque d'être exclue socialement, de subir des mauvais traitements, voire, dans des cas extrêmes, de se faire occire. Certains musulmans considèrent en effet qu'une fille ou une femme qui se montre en public sans foulard déshonore sa famille.

Infériorité de la femme au sein de l'islam

Le voile n'est qu'une des nombreuses facettes de l'oppression de la femme au sein de l'islam. L'islam accorde aux femmes un statut qui est inférieur à celui de l'homme. Le Coran affirme en effet que les hommes exercent une tutelle sur les femmes et que ces dernières doivent obéir à leur mari, sinon elles peuvent être « châtiées ». De multiples versets du Coran témoignent de la position inférieure de la femme: sa part d'héritage est égale à la moitié seulement de celle d'un homme; le témoignage d'une femme devant le tribunal a moins de valeur que celui de l'homme; il est même totalement rejeté dans certaines matières; les femmes ne peuvent pas disposer d'elles-mêmes et aller où bon leur semble; elles doivent obtenir l'autorisation de leur mari pour quitter le domicile; les femmes victimes de viol doivent pouvoir produire quatre témoins, sinon elles s'exposent à des poursuites pour adultère ...

Farah Karimi, une ancienne parlementaire néerlandaise du parti Groen-Links, qui a elle-même fui l'Iran, déclare au sujet de la position de la femme dans le droit islamique: « La conclusion qui s'impose à quiconque approfondit l'étude de la charia, la législation islamique, qui est basée sur des châtiments corporels et place clairement la femme en position d'infériorité par rapport à l'homme, est que sa pratique et ses concepts ne concordent pas avec le droit à la vie, à l'intégrité physique et à l'égalité des droits entre les hommes et les femmes. Ces concepts et ces pratiques ne se cantonnent pas au droit pénal ou au droit de la famille tels qu'ils sont appliqués plus ou moins littéralement dans de nombreux pays. ».

Pourquoi est-il important d'interdire le port du foulard  ?

Une interdiction du port du foulard , loin de constituer une mesure vexatoire à l'encontre de la communauté musulmane, revêt au contraire une importance fondamentale pour la démocratie. Si, sur la base de considérations politiquement correctes inopportunes, nous respections le port du foulard dans les services publics, cela reviendrait du même coup à défendre implicitement la subordination de la femme par rapport à l'homme et à aller à l'encontre des acquis de l'émancipation. Si l'autorité fédérale cède à la pression sociale exercée par la communauté musulmane qui impose le foulard à ses femmes, ces dernières seront privées de la liberté de vivre dévoilées, habillées comme elles l'entendent.

Le port du foulard  n'est pas une question vestimentaire induite par la culture, il cadre avec l'ensemble de normes et de règles de la charia qui sont fondamentalement contraires à nos valeurs démocratiques occidentales. Céder à la revendication islamique visant à autoriser le port du foulard par le personnel des services publics revient à légitimer la charia dans son ensemble, à laquelle on donne ainsi la priorité sur les valeurs démocratiques occidentales telles que l'égalité entre les hommes et les femmes et la séparation de la religion et de l'État.

L'interdiction du foulard doit également mettre un terme à la progression de l'islamisation de notre pays. Les pouvoirs publics cèdent à un nombre croissant de revendications de l'islam radical. À la demande de la communauté musulmane, l'accès aux piscines publiques est interdit aux hommes ou aux femmes à certaines heures; les élèves des écoles communales d'Anvers se voient servir de la nourriture halal et les viandes de porc et de cheval sont retirées du menu, même pour les Flamands; des abattages rituels qui violent fondamentalement notre législation relative au bien-être des animaux sont non seulement tolérés mais aussi organisés par les pouvoirs publics; il est permis de s'absenter de l'école les jours de fête musulmane, etc.

Nécessité d'une interdiction du port du foulard  pour le personnel des services publics dans toute la Belgique

Après les élections communales, différentes villes et communes flamandes ont édicté des règles vestimentaires pour leur personnel communal dans le but de garantir la neutralité des services à la population. Les symboles religieux ont été interdits à Anvers, Gand, Lokeren, Ninove et Lierre.

Bien qu'une interdiction locale du port de signes religieux soit un pas dans la bonne direction, l'objectif poursuivi n'est qu'en partie réalisé. En effet, l'on ne peut généralement pas assimiler un foulard à d'autres signes religieux, par exemple une croix. Le port du foulard  est une règle vestimentaire à caractère discriminatoire imposée uniquement aux femmes, ce qui, évidemment, n'est pas du tout le cas de la croix. Ce n'est pas parce qu'un symbole condamnable est interdit qu'il doit en aller de même pour d'autres symboles inoffensifs qui, de surcroît, appartiennent à notre culture et à notre civilisation et — contrairement au foulard — ne sont pas contraires à nos valeurs démocratiques. Il faut interdire le foulard dans les services publics en raison non pas de son caractère religieux mais de sa signification.

 

Anke VAN DERMEERSCH.


PROPOSITION DE LOI


Article 1er

La présente loi règle une matière visée à l'article 78 de la Constitution.

Art. 2

Il est interdit aux personnes employées par ou au sein d'une autorité fédérale ou d'une institution relevant de la tutelle de l'autorité fédérale de porter un foulard ou un voile pendant les heures de travail.

Art. 3

Toute personne employée par ou au sein d'une autorité fédérale ou d'une institution relevant de la tutelle de l'autorité fédérale qui, en violation de l'article 2, porte malgré tout un foulard ou un voile, reçoit un avertissement écrit de son employeur.

Si l'intéressée persiste à porter le foulard ou le voile, après cet avertissement, elle est licenciée ou il est mis fin à son emploi pour le compte de l'autorité fédérale.

La présente disposition fait partie du règlement de travail.

25 avril 2008.