4 octobre 2007  

Le paysage religieux suisse bouleversé

 

Sur mandat du Conseil fédéral, le Fonds national suisse lance un nouveau programme d'étude.

 

Les bouleversements du paysage religieux de la Suisse sont au cœur d'un nouveau programme du Fonds national suisse. Ce dernier a lancé hier - sur mandat du Conseil fédéral - le PNR 58 sur le thème des «religions en Suisse». Son but: «élaborer des recommandations concrètes pour une future politique religieuse de l'Etat». D'une durée de trois ans, doté d'un budget de 10 millions de francs, ce programme comporte 28 projets de recherche répartis en six modules (voir l'encadré). Les études seront menées dans les universités et hautes écoles spécialisées, ainsi que dans des bureaux privés.

 

Deux tendances de fond marquent aujourd'hui le paysage religieux suisse. D'un côté, la sécularisation, qui se manifeste par l'affaiblissement de l'attachement de la population aux Eglises. De l'autre côté, la pluralisation, exprimée par l'importance croissante de certaines religions non chrétiennes et des collectivités chrétiennes alternatives. Deux évolutions opposées, qui représentent deux défis majeurs pour l'Etat et la société. «Le lancement de ce programme reflète l'importance prise ces dernières années par les thèmes religieux dans la société suisse, explique Werner Haug, membre du comité de direction du PNR 58. Il est motivé par un intérêt politique de la part de la Confédération et des cantons. Nous avons constaté que de nouveaux groupes religieux posaient la question de leur intégration dans les institutions suisses. Il fallait analyser leurs exigences et leurs besoins. Nous avons aussi voulu savoir quel était le rôle actuel des Eglises historiques, qui ont perdu beaucoup de leur influence.»

 

La pluralisation du paysage religieux est étroitement liée à l'augmentation des migrations. Or, de nombreux migrants construisent leur identité en intensifiant leur attachement religieux. D'où la nécessité pour la Confédération de comprendre les besoins des nouvelles collectivités, afin d'éviter leur ghettoïsation et, partant, un danger de radicalisation.

 

L'islam est la religion qui soulève aujourd'hui le plus d'inquiétudes en Suisse. L'intégration des musulmans - minorité religieuse la plus importante du pays - et le désamorçage de certains préjugés apparaissent prioritaires dans le programme. Un module entier composé de cinq projets de recherche est ainsi consacré aux musulmans. L'un d'entre eux se penchera sur l'organisation de l'islam en Suisse dans le but explicite de casser certaines visions stéréotypées. Un autre examinera la nécessité de former des imams et des professeurs de religion islamique, afin de donner un cadre théorique aux processus de décision politique concernant un sujet d'actualité.

 

La pluralisation du champ religieux permet toutefois de trouver des modèles d'intégration réussis, qui peuvent inspirer les autorités dans leur approche de l'islam. Aussi le PNR 58 s'intéresse-t-il également à d'autres minorités religieuses, comme les juifs, les hindous, les bouddhistes et les orthodoxes, qui semblent tous bien intégrés. Le bouddhisme tibétain fait par exemple l'objet de deux études. La première part du constat de l'attrait qu'exercent les enseignements et pratiques bouddhiques en Suisse. Une attraction qui n'aboutit généralement pas à une conversion, mais qui conduit les adeptes du bouddhisme à vivre avec une deuxième identité religieuse. La seconde recherche se propose d'observer la formation identitaire des Tibétains de la deuxième et troisième génération en Suisse, marquée par un regain d'intérêt pour certains enseignements, rites et pratiques.

 

En Suisse, les relations entre les diverses communautés religieuses et l'Etat sont réglées par les cantons. Avec le PNR 58, la Confédération cherche-t-elle à reprendre l'initiative et à transférer certaines compétences à Berne? «Le programme n'a pas été élaboré dans cet esprit, affirme Werner Haug. Certaines questions ne sont pas purement cantonales. Ainsi, il revient à la Confédération de garantir l'égalité de traitement entre les différentes religions, et de veiller à la paix religieuse.»

 

 

Six modules 

Le module 1 étudie les collectivités religieuses implantées depuis longtemps en Suisse ainsi que les minorités religieuses apparues récemment suite à des mouvements migratoires: les hindouistes tamouls, les bouddhistes vietnamiens et tibétains, les juifs et les orthodoxes.

 

Les musulmans en Suisse

 

Le module 2 se penche sur différentes problématiques ayant trait à la minorité religieuse la plus importante de Suisse. Il veut répondre notamment aux questions suivantes: comment les collectivités musulmanes se présentent-elles dans la sphère publique? Comment défendent-elles leurs intérêts? Comment les communautés non sunnites, ultaminoritaires, s'organisent-elles?

 

Les religions dans les institutions publiques

 

Ce module traite de la fonction occupée par les religions dans différents domaines laïcs de la vie publique. Quel rôle la religion joue-t-elle dans le travail social et dans la formation des enseignants? Et dans l'univers carcéral?

 

Les jeunes, l'école et la religion

 

Dans le module 4, il est question de l'attitude des jeunes à l'égard de la religion et de la manière dont ils traitent les offres religieuses et les limites fixées par la religion. Quel rôle l'éducation et la formation religieuse jouent-elles à la maison, au sein d'une collectivité religieuse et à l'école?

 

Les différentes formes de la vie religieuse

 

Le module 5 s'intéresse à l'attitude des individus à l'égard de la religion et de la religiosité, ainsi qu'à la structure du paysage religieux en Suisse. Comment le paysage religieux suisse évolue-t-il en comparaison avec celui d'autres pays? Quelles nouvelles formes de religiosité et de pratique religieuse peut-on y observer?

 

Religion, médias et politique

 

Le module 6 examine la présence publique de la religion dans la société et dans la politique. Quel rôle les médias jouent-ils? Quels thèmes abordent-ils? Comment les médias influent-ils sur l'action des collectivités religieuses et de leurs membres?

 

Le PNR 58 a pour objectif d’étudier scientifiquement ces évolutions en Suisse et de fournir des résultats exploitables pour les autorités, la sphère politique, les écoles et les collectivités religieuses. Le but est de favoriser la compréhension entre les collectivités religieuses, mais aussi des collectivités religieuses envers les personnes sans religion. Le PNR 58 contribue ainsi à une meilleure entente entre les habitants de Suisse.

http://www.pnr58.ch/f_index.cfm


Droitdesreligions. net Répertoire du droit des religions Suisse