22 MARS 2007


Charlie Hebdo relaxé dans le procès des caricatures de Mahomet


Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé jeudi Philippe Val, directeur de publication de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, poursuivi pour avoir publié des caricatures de Mahomet considérées comme injurieuses pour les musulmans.

La 17e chambre du tribunal, présidée par Jean-Claude Magendie, a estimé que les trois caricatures publiées en février 2006 par le journal et mises en cause par la Grande mosquée de Paris (GMP) et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) ne constituaient pas une injure vis-à-vis de la communauté musulmane.

La GMP a décidé de ne pas faire appel, sa défense voyant dans cette décision "un jugement équilibré".

En revanche, du côté de l'UOIF, son président, Lhaj Thami Breze, a déclaré, à la sortie de l'audience: "Nous allons faire appel car le jugement ne nous satisfait pas".

Pour autant, dans un communiqué, le Conseil français du culte musulman (CFCM, dont la GMP et l'UOIF sont toutes les deux membres) a annoncé que ses composantes "porteuses de l'action judiciaire" allaient réunir "leurs instances afin de prendre une décision sur l'éventuelle suite à donner au jugement", laissant entendre qu'aucun avis tranché n'avait finalement été pris.

"Ce jugement nous confirme dans notre légimité à travailler comme on le fait, librement", s'est de son côté félicité M. Val tandis qu'un de ses avocats, Me Richard Malka, qualifiait ce jugement de "piqûre de rappel salutaire sur des principes essentiels".

Parmi les trois dessins incriminés figuraient deux caricatures qui avaient été déjà éditées dans le journal danois Jyllands-Posten en septembre 2005 et avaient provoqué une flambée de violence anti-danoise dans le monde musulman.

L'une représente Mahomet portant un turban représenté sous la forme d'une bombe dissimulant une mèche et un détonateur allumé et l'autre, le prophète accueillant des kamikazes au paradis avec la légende "arrêtez, arrêtez, nous n'avons plus de vierges".

Un troisième dessin contesté est une oeuvre de Cabu, dessinateur habituel du journal, représentant Mahomet se prenant la tête dans les mains et déclarant: "c'est dur d'être aimé par des cons". A la gauche du dessin, une légende précise: "Mahomet débordé par les intégristes".

Le tribunal a considéré que la caricature de Cabu ainsi que celle ayant pour thème le paradis visaient très clairement les intégristes et non les musulmans dans leur ensemble.

En revanche, dans son jugement, le tribunal s'est longuement intéressé au dessin sur le turban-bombe de Mahomet. 

"Si ce dessin apparaît, pris isolément, de nature à outrager l'ensemble des adeptes de cette foi...", dans la présentation qu'en fait Charlie Hebdo, a estimé le tribunal, "il ne peut qu'être regardé comme participant à la réflexion dans le cadre d'un débat d'idées sur les dérives de certains tenants d'un islam intégriste ayant donné lieu à des débordements violents".

"Les limites admissibles de la liberté d'expression n'ont donc pas été dépassées", ont décidé les magistrats.

"Nous nous réjouissons de cette décision conforme aux valeurs de la République", s'est félicité l'organisation Reporters sans frontières (RSF).

La Licra a estimé que ce jugement renforçait "l'engagement de tous dans la défense des libertés fondamentales et de la liberté d'expression" tandis que le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, se disait "très heureux que Charlie Hebdo soit sorti grandi" de ce procès face à des "groupes intégristes qui utilisent les libertés d'une République pour justement s'attaquer aux fondements de cette République".


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