10
mai 2010
N° 2455
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ASSEMBLÉE
NATIONALE
CONSTITUTION
DU 4 OCTOBRE 1958
TREIZIÈME
LÉGISLATURE
Enregistré
à la Présidence de l’Assemblée nationale le 27
avril 2010.
PROPOSITION
DE RÉSOLUTION
sur
l’attachement au respect des valeurs républicaines
face
au développement de pratiques radicales qui y portent
atteinte,
présentée
par Mesdames et Messieurs
Jean-François
COPÉ, Nicole AMELINE, Élie ABOUD, Manuel
AESCHLIMANN, Yves ALBARELLO, Alfred ALMONT, Jean-Paul
ANCIAUX, Edwige ANTIER, Jean AUCLAIR, Martine
AURILLAC, Pierre-Christophe BAGUET, Patrick BALKANY,
Brigitte BARÈGES, Patrick BEAUDOUIN, Jean-Claude
BEAULIEU, Jacques Alain BÉNISTI, Marc BERNIER, Xavier
BERTRAND, Véronique BESSE, Jean-Yves BESSELAT,
Gabriel BIANCHERI, Jérôme BIGNON, Jean-Marie
BINETRUY, Claude BIRRAUX, Étienne BLANC, Émile
BLESSIG, Roland BLUM, Claude BODIN, Philippe BOËNNEC,
Marcel BONNOT, Jean-Yves BONY, Jean-Claude BOUCHET,
Gilles BOURDOULEIX, Bruno BOURG-BROC, Chantal BOURRAGUÉ,
Loïc BOUVARD, Michel BOUVARD, Valérie BOYER, Françoise
BRANGET, Xavier BRETON, Françoise BRIAND, Philippe
BRIAND, Bernard BROCHAND, Chantal BRUNEL, Yves BUR,
Dominique CAILLAUD, Patrice CALMÉJANE, François
CALVET, Bernard CARAYON, Olivier CARRÉ, Gilles
CARREZ, Joëlle CECCALDI-RAYNAUD, Yves CENSI, Jérôme
CHARTIER, Gérard CHERPION, Jean-François CHOSSY,
Jean-Louis CHRIST, Dino CINIERI, Éric CIOTTI, Pascal
CLÉMENT, Philippe COCHET, Georges COLOMBIER, Geneviève
COLOT, François CORNUT-GENTILLE, Louis COSYNS, Édouard
COURTIAL, Alain COUSIN, Jean-Yves COUSIN, Jean-Michel
COUVE, Henri CUQ, Marie-Christine DALLOZ, Olivier
DASSAULT, Patrice DEBRAY, Bernard DEBRÉ, Jean-Pierre
DECOOL, Bernard DEFLESSELLES, Lucien DEGAUCHY, Rémi
DELATTE, Richard DELL’AGNOLA, Sophie DELONG, Yves
DENIAUD, Bernard DEPIERRE, Vincent DESCOEUR, Nicolas
DHUICQ, Éric DIARD, Michel DIEFENBACHER, Jacques
DOMERGUE, Jean-Pierre DOOR, Dominique DORD, David
DOUILLET, Marianne DUBOIS, Cécile DUMOULIN,
Jean-Pierre DUPONT, Nicolas DUPONT-AIGNAN, Gilles
D’ETTORE, Daniel FASQUELLE, Yannick FAVENNEC,
Jean-Michel FERRAND, Alain FERRY, Daniel FIDELIN, André
FLAJOLET, Jean-Claude FLORY, Nicolas FORISSIER,
Marie-Louise FORT, Jean-Michel FOURGOUS, Pierre
FROGIER, Yves FROMION, Cécile GALLEZ, Sauveur
GANDOLFI-SCHEIT, Jean-Paul GARRAUD, Claude GATIGNOL, Gérard
GAUDRON, Jean-Jacques GAULTIER, Hervé GAYMARD, Guy
GEOFFROY, Bernard GÉRARD, Alain GEST, Franck GILARD,
Georges GINESTA, Charles-Ange GINESY, Jean-Pierre
GIRAN, Louis GISCARD d’ESTAING, Claude
GOASGUEN, Didier GONZALÈS, Jean-Pierre GORGES,
Philippe GOSSELIN, Philippe GOUJON, Michel GRALL,
Claude GREFF, Anne GROMMERCH, François GROSDIDIER,
Jacques GROSPERRIN, Arlette GROSSKOST, Serge GROUARD,
Louis GUÉDON, Françoise GUÉGOT, Jean-Claude GUIBAL,
Jean-Jacques GUILLET, Christophe GUILLOTEAU, Gérard
HAMEL, Michel HAVARD, Michel HEINRICH, Laurent HÉNART,
Michel HERBILLON, Antoine HERTH, Françoise HOSTALIER,
Philippe HOUILLON, Jacques HOUSSIN, Guénhaël HUET, Sébastien
HUYGHE, Jacqueline IRLES, Christian JACOB, Denis
JACQUAT, Paul JEANNETEAU, Yves JEGO, Maryse
JOISSAINS-MASINI, Marc JOULAUD, Christian KERT,
Jacques KOSSOWSKI, Patrick LABAUNE, Fabienne
LABRETTE-MÉNAGER, Marc LAFFINEUR, Jacques LAMBLIN,
Jean-François LAMOUR, Marguerite LAMOUR, Pierre LANG,
Laure de LA RAUDIÈRE, Pierre LASBORDES,
Charles de LA VERPILLIÈRE, Thierry LAZARO,
Robert LECOU, Jean-Marc LEFRANC, Guy LEFRAND, Marc LE FUR,
Jacques LE GUEN, Michel LEJEUNE, Dominique LE MÈNER,
Jacques LE NAY, Jean-Claude LENOIR, Jean-Louis LÉONARD,
Jean LEONETTI, Pierre LEQUILLER, Céleste LETT, Geneviève
LEVY, Michel LEZEAU, François LOOS, Gérard LORGEOUX,
Gabrielle LOUIS-CARABIN, Lionnel LUCA, Daniel MACH,
Guy MALHERBE, Richard MALLIÉ, Jean-François MANCEL,
Alain MARC, Jean-Pierre MARCON, Thierry MARIANI,
Christine MARIN, Hervé MARITON, Muriel
MARLAND-MILITELLO, Franck MARLIN, Philippe Armand
MARTIN, Henriette MARTINEZ, Patrice MARTIN-LALANDE,
Alain MARTY, Jean-Claude MATHIS, Jean-Philippe MAURER,
Pierre MÉHAIGNERIE, Christian MÉNARD, Gérard
MENUEL, Damien MESLOT, Philippe MEUNIER, Jean-Claude
MIGNON, Marie-Anne MONTCHAMP, Pierre MORANGE, Pierre
MOREL-A-L’HUISSIER, Philippe MORENVILLIER,
Jean-Marie MORISSET, Georges MOTHRON, Étienne
MOURRUT, Alain MOYNE-BRESSAND, Renaud MUSELIER,
Jacques MYARD, Jean-Marc NESME, Jean-Pierre NICOLAS,
Yves NICOLIN, Patrick OLLIER, Françoise de PANAFIEU,
Bertrand PANCHER, Yanick PATERNOTTE, Christian PATRIA,
Béatrice PAVY, Jacques PÉLISSARD, Dominique PERBEN,
Bernard PERRUT, Étienne PINTE, Michel PIRON, Henri
PLAGNOL, Serge POIGNANT, Jean-Frédéric POISSON, Bérengère
POLETTI, Axel PONIATOWSKI, Josette PONS, Daniel
POULOU, Christophe PRIOU, Jean PRORIOL, Didier
QUENTIN, Michel RAISON, Éric RAOULT, Frédéric
REISS, Jean-Luc REITZER, Jacques REMILLER, Bernard
REYNÈS, Franck REYNIER, Franck RIESTER, Jean ROATTA,
Arnaud ROBINET, Camille de ROCCA-SERRA, Marie-Josée
ROIG, Jean-Marie ROLLAND, Valérie ROSSO-DEBORD,
Jean-Marc ROUBAUD, Max ROUSTAN, Martial SADDIER,
Francis SAINT-LÉGER, Françoise de SALVADOR,
Bruno SANDRAS, François SCELLIER, André SCHNEIDER,
Jean-Pierre SCHOSTECK, Jean-Marie SERMIER, Georges
SIFFREDI, Fernand SIRÉ, Jean-Pierre SOISSON, Michel
SORDI, Dominique SOUCHET, Daniel SPAGNOU, Éric
STRAUMANN, Alain SUGUENOT, Michèle TABAROT,
Jean-Charles TAUGOURDEAU, Guy TEISSIER, Michel TERROT,
Jean-Claude THOMAS, Dominique TIAN, Jean TIBERI,
Alfred TRASSY-PAILLOGUES, Jean UEBERSCHLAG, Yves
VANDEWALLE, François VANNSON, Isabelle VASSEUR,
Catherine VAUTRIN, Patrice VERCHÈRE, Jean-Sébastien
VIALATTE, Philippe VITEL, Gérard VOISIN, Michel
VOISIN, Jean-Luc WARSMANN, André WOJCIECHOWSKI, Gaël
YANNO, Marie-Jo ZIMMERMANN et Michel ZUMKELLER,
députés.
EXPOSÉ
DES MOTIFS
Mesdames,
Messieurs,
Tous
les pays, en Europe et dans le monde, sont confrontés
au développement de pratiques radicales dont la forme
la plus visible est l’apparition de femmes
circulant, dans l’espace public entièrement voilées – burqa
ou niqab. Tous s’inquiètent de la montée en
puissance du phénomène et réfléchissent à des
mesures permettant de l’endiguer.
En
France, aujourd’hui, 1 900 femmes – selon
les chiffres communiqués par le ministère de l’intérieur – vivraient,
au cœur de nos villes, en marge de la société, le
visage dissimulé sous un voile intégral. Elles sont,
pour les trois-quarts, françaises.
Inconnu
en France il y a encore quelques années, le phénomène
se développe et suscite une consternation unanime.
Les représentants de la communauté musulmane sont
les premiers à s’inquiéter de cette pratique
qu’ils ne reconnaissent pas comme une prescription
religieuse et redoutent un amalgame avec la religion
musulmane, qui serait à la fois inacceptable et
dangereux.
Nous
ne pouvons rester indifférents face au développement
de telles pratiques qui, sous couvert de liberté de
manifester ses opinions et ses croyances et de
relativisme culturel, sont contraires aux valeurs
essentielles de la République française, laïque, démocratique
et sociale, et de notre ordre juridique et social,
fondé sur l’égale dignité de tous et la lutte
contre toute forme de discrimination ou
d’asservissement, notamment à raison du sexe.
Le
visage est la partie du corps qui porte l’identité
de l’individu. Dissimuler son visage au regard de
l’autre est une négation de soi, une négation de
l’autre qui n’est pas digne de vous regarder et
une négation des fondements élémentaires de la vie
en société. De plus, parce que les femmes sont
seules concernées, le port du voile intégral place
la femme dans un rapport de subordination à
l’homme, d’infériorité dans l’espace public,
voire de soumission, notamment lorsque cette pratique
lui est imposée.
Nous
devons faire preuve de fermeté à l’égard de ceux
qui, par ces pratiques, « testent la République »
en bafouant les règles élémentaires de notre ordre
public et social. Nous devons aussi tendre la main à
ceux qui, par méconnaissance, par provocation et
parfois sous la contrainte, ont choisi d’adopter des
pratiques qui relèvent d’un communautarisme
radical, très éloigné des idéaux de tolérance et
de respect de l’autre qui fondent notre société.
Pour
toutes celles qui se battent en France et dans le
monde pour faire respecter les droits des femmes et
leur dignité, nous devons réaffirmer, avec force et
si possible de manière unanime, notre attachement aux
valeurs et fondements de notre République, libre, égale
et fraternelle.
Dans
ce combat inlassable, la France, Patrie des Droits de
l’Homme, porte une responsabilité particulière :
elle se doit tout à la fois d’être un guide et une
sentinelle.
Tel
est le sens de la présente proposition de résolution
que nous vous demandons d’adopter.
PROPOSITION
DE RÉSOLUTION
Article
unique
L’Assemblée
nationale,
Vu
l’article 34-1 de la Constitution,
Vu
l’article 136 du Règlement,
Vu
la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
du 26 août 1789, et notamment ses articles 1er
et 4 qui disposent respectivement que « les
hommes naissent et demeurent libres et égaux en
droits » et que « la liberté
consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à
autrui » ;
Vu
le Préambule de la Constitution du 27 octobre
1946 qui consacre le principe constitutionnel d’égalité
entre les hommes et les femmes en prévoyant que « la
loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des
droits égaux à ceux de l’homme » ;
Vu
la Déclaration universelle des droits de l’homme du
10 décembre 1948, et notamment son article 1er
qui énonce que « tous les êtres humains
naissent libres et égaux en dignité et en droits »
et qu’ils « sont doués de raison et de
conscience et doivent agir les uns envers les autres
dans un esprit de fraternité » ;
Vu
la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et
des Libertés fondamentales du 4 novembre 1950,
et spécialement son article 14 qui interdit,
toute discrimination fondée, notamment, sur le sexe ;
Vu
la Convention internationale visant à l’élimination
de toutes les formes de discrimination à l’égard
des femmes adoptée le 18 décembre 1979 par
l’Assemblée générale des Nations Unies ;
Vu
la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne
du 7 décembre 2000, telle qu’entrée en
vigueur le 1er décembre 2009, et
notamment son article 20, qui stipule que « toutes
les personnes sont égales en droit » ;
Considérant
que la sauvegarde de la dignité de la personne
humaine contre toute forme d’asservissement et de dégradation
est un principe de valeur constitutionnelle, une
valeur essentielle de la République française et
fondatrice de l’Union européenne ;
Réaffirmant
que le principe d’égalité, la lutte contre toute
forme de discrimination et la promotion de l’égalité
entre les hommes et les femmes sont au cœur de notre
ordre juridique et notre projet de société ;
Prenant
acte que la lutte contre les violences faites aux
femmes a reçu le label de « Grande cause
nationale » pour l’année 2010 ;
1. Considère
que les pratiques radicales attentatoires à la dignité
et à l’égalité entre les hommes et les femmes,
parmi lesquelles le port d’un voile intégral, sont
contraires aux valeurs de la République ;
2. Affirme
que l’exercice de la liberté d’expression,
d’opinion ou de croyance ne saurait être revendiquée
par quiconque afin de s’affranchir des règles
communes au mépris des valeurs, des droits et des
devoirs qui fondent la société ;
3. Réaffirme
solennellement son attachement au respect des
principes de dignité, de liberté, d’égalité et
de fraternité entre les êtres humains ;
4. Souhaite
que la lutte contre les discriminations et la
promotion de l’égalité entre les hommes et les
femmes soient une priorité des politiques publiques
menées en matière d’égalité des chances, en
particulier au sein de l’Éducation nationale ;
5. Estime
nécessaire que tous les moyens utiles soient mis en
œuvre pour assurer la protection effective des femmes
qui subissent des violences ou des pressions, et
notamment sont contraintes de porter un voile intégral.