5
juin 2008
Turquie: les juges réunis pour trancher
la question du port du voile à l'université.
La Cour constitutionnelle de Turquie s'est réunie jeudi pour statuer sur l'autorisation du port du voile à l'université, une décision qui pourrait s'avérer cruciale pour le parti islamo-conservateur au pouvoir menacé d'interdiction pour actes anti-laïques.
Les onze juges doivent donner suite à une requête de l'opposition laïque demandant l'annulation d'une révision de la Constitution adoptée en février à l'Assemblée nationale et libéralisant le port du foulard dans les établissements universitaires.
Les délibérations ont débuté à 06H30 GMT mais les juges doivent au préalable se pencher sur d'autres dossiers qui figurent à leur agenda avant de passer à la question très controversée du foulard sur le campus, a indiqué l'agence de presse Anatolie.
On ignore si une décision sera prise jeudi mais généralement le verdict est rendu peu de temps après les délibérations.
Cette révision contestée constitue l'un des principaux arguments d'une autre procédure demandant l'interdiction du parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) pour "actions allant à l'encontre de la laïcité" en Turquie, pays musulman mais au régime laïc.
Plusieurs scénarios sont envisagés: les magistrats peuvent notamment décider de rejeter le recours de l'opposition estimant qu'elle ne constitue pas une entorse à la loi fondamentale ou juger éventuellement que la réforme en l'état ne suffit pas pour autoriser les étudiantes voilées à entrer sur le campus universitaire.
La Cour pourrait aussi juger que la révision porte atteinte aux dispositions non amendables de la loi fondamentale, en
l'occurrence la laïcité, et décider de l'annuler.
Ce scénario serait le plus mauvais pour l'AKP car il pourrait préfigurer une dissolution de cette formation au pouvoir depuis 2002 qui a polarisé la société turque en libéralisant le port du voile dans les facultés.
L'AKP s'est défendu en faisant valoir que l'interdiction du voile contrevient à la liberté de conscience et au droit à l'éducation.
Malgré la révision, la plupart des universités ont maintenu l'interdiction, jugeant que le parlement devait adopter une réglementation détaillant le code vestimentaire autorisé et excluant les symboles les plus ostentatoires d'un islam radical, comme le tchador ou la burqa.