La
Cour suprême indemnise le préjudice subi
par l'épouse suite au refus de son ex-conjoint de lui accorder le
divorce religieux juif après le divorce civil.
La
Cour suprême a infirmé le 14.12.2007 une décision de la Cour d'appel et a
donné raison à une femme de confession juive qui poursuivait son ex-mari pour
dommages et intérêts parce qu'il a refusé pendant 15 ans de consentir à un
divorce religieux traditionnel.
Stephanie
Brenda Bruker réclamait 1,35 million de dollars à son ex-mari, Jessel Benjamin
Marcovitz, « parce qu'elle n'a pu reprendre sa vie après le prononcé du
jugement conditionnel de divorce [...], qu'elle a été empêchée de se
remarier suivant la foi juive [et] qu'elle a été empêchée d'avoir des
enfants ».
Le
couple, marié en 1969, avait conclu un divorce civil en 1980, dans le cadre
duquel les deux parties s'étaient entendues pour se rencontrer à nouveau
devant un rabbin pour obtenir un divorce religieux traditionnel, ce qu'on
appelle le get. M. Marcovitz a refusé d'obtempérer, ce qui a entraîné la
poursuite.
La
Cour supérieure avait donné raison à Mme Bruker en affirmant que M. Marcovitz
avait manqué à ses obligations contractuelles et lui avait octroyé 47 000 $.
La Cour d'appel avait plutôt statué que l'obligation était de nature
religieuse, qu'il s'agissait d'une obligation morale et que, par conséquent,
les tribunaux ne pouvaient en ordonner l'exécution.
Dans
un jugement partagé 7-2, la Cour suprême infirme ce dernier jugement. Elle précise
que M. Marcovitz a bel et bien brisé un contrat et le condamne conséquemment
à dédommager son ex-conjointe.
«
L'atteinte à la liberté de religion de l'époux, peut-on lire dans le
jugement, est beaucoup moins grave que le préjudice causé tant à l'épouse
personnellement qu'à l'intérêt, pour le public, d'assurer la protection de
valeurs fondamentales tels les droits à l'égalité et l'exercice indépendant
du choix pour une personne de se marier et de divorcer ».
Pascale
Fournier, Professeur à l'Université d'Ottawa,
y voit une victoire pour de nombreuses femmes de partout au Canada. « C'est
vraiment une victoire pour les femmes religieuses qui souffrent en silence de
discrimination dans leur communauté respective et qui ont un pied dans le droit
civil et la société séculière, et un pied dans la société religieuse et le
droit religieux », dit-elle.