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lundi
17 mai 2004, 7h27
La circulaire d'application de la loi interdisant à partir de la rentrée scolaire le port de signes religieux ostensibles, voile islamique, kippa ou grande croix, dans tous les établissements scolaires français, sera examinée lundi par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE).
Cet organisme, composé de 97 membres, est chargé de conseiller le ministre. Son avis est obligatoire avant toute publication au bulletin officiel de l'Education nationale, mais le ministre peut ne pas tenir compte de son vote.
Le texte ultra-sensible du projet de circulaire, dont la première mouture rédigée par le cabinet de Luc Ferry, avait déclenché une bronca politico-syndicale, a été remanié profondément et à plusieurs reprises ces dernières semaines sous l'arbitrage de l'Elysée.
Objectif des corrections successives: rendre la loi du 15 mars applicable, en laissant un peu d'initiative aux chefs d'établissement, et limiter les possibilités de recours judiciaires des familles ou des communautés religieuses contre la loi, tout en prenant en compte certaines de leurs demandes.
La principale fédération enseignante, FSU, a été l'une des plus virulentes pour dénoncer la première version de la circulaire, qui permettait à la fois d'interdire des tenues religieuses et d'autoriser des tenues pouvant être considérées comme culturelles ou traditionnelles.
"Concrètement, cela voulait dire que chaque proviseur ou surveillant devait chaque matin interroger chaque élève pour lui demander les raisons de ses choix vestimentaires", ironise le proviseur d'un lycée parisien.
Vendredi, le ministre François Fillon est allé défendre la dernière mouture de la circulaire devant les lycéens du Conseil national de la vie lycéenne.
"Sa logique est de permettre à l'élève de comprendre la neutralité de l'enseignement et que le principe de laïcité n'est en rien la négation d'une religion, mais bien au contraire la garantie de son libre exercice", a-t-il déclaré.
Le 15 janvier, le CSE avait approuvé le projet de loi laïcité, avant son adoption le 15 mars. Mais, avec 16 voix pour, 9 voix contre, 16 abstentions et 29 refus de vote, l'analyse du scrutin avait surtout mis en lumière la profonde division de la communauté éducative sur la loi.
Dans le camp des "pour", on trouve les laïcs purs et durs qui placent la "neutralité" de l'école publique au dessus de tout, au nom de la lutte contre les communautarismes.
On devrait y retrouver logiquement lundi le syndicat des proviseurs de lycées et principaux de collèges, SNPDEN, héritier de la vieille FEN laïque, devenue l'UNSA Education. Sans la pression permanente des chefs d'établissements, la loi n'aurait sans doute jamais vu le jour.
En face, un groupe qui place la "tolérance" au dessus des autres valeurs de l'école, où l'on trouve notamment la FSU, le Sgen-CFDT ou le syndicat étudiant Unef.
Pour eux, la défense de la laïcité est d'abord une question sociale. La floraison des voiles islamiques est la conséquence de la ghettoïsation de certains quartiers. Ils font valoir que l'exclusion des filles voilées ne fera que les renvoyer à leur ghetto, au lieu de les aider à s'émanciper.
La fracture est perceptible au sein des deux grandes fédérations de parents d'élèves de l'enseignement public: la FCPE (gauche), contre la loi, devrait voter contre la circulaire, tandis que la PEEP, qui ne veut pas être classée politiquement, avait voté pour la loi.
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