17
mai 2004, 18h34
Voile: Fillon donne aux proviseurs un "mode
d'emploi"
François
Fillon s'est félicité lundi de l'adoption par le Conseil supérieur
de l'Education (CSE) de la circulaire d'application de la loi
interdisant le port de signes religieux à l'école publique.
Cette circulaire est "un mode d'emploi" qui permettra aux
proviseurs de "mettre fin à une dérive", a dit le ministre
de l'Education nationale.
La circulaire, dont le texte a été remanié à plusieurs reprises,
interdit dès la rentrée prochaine le port de voiles islamiques, de
grandes croix ou de kippas dans les établissements scolaires publics.
Elle doit permettre aux chefs d'établissement d'appliquer la loi
controversée du 15 mars, tout en ayant une certaine marge de
manoeuvre.
Le ministre de l'Education a prôné "autorité et tact"
lors de son intervention devant le CSE, qui a adopté lundi matin la
circulaire par 26 voix pour, huit contre, 25 refus de vote et six
abstentions.
"C'est un vote positif, plus massif que celui qui a accompagné
le texte de loi", s'est félicité François Fillon dans une déclaration
à la presse.
"Le gouvernement a accepté d'entendre les avis des uns et des
autres, ce qui a permis ce résultat qui donne maintenant un mode
d'emploi pour l'application de la circulaire", a-t-il dit.
"Cette loi permet aux chefs d'établissement d'interdire tous les
signes religieux ostensibles (...) mais aussi, si le règlement intérieur
de l'école le décide, n'importe quel élément d'une tenue qui
permet d'affirmer une conviction religieuse", a ajouté François
Fillon.
"Les proviseurs voulaient à la fois des lignes claires et en même
temps étaient attentifs à garder une liberté d'appréciation",
a-t-il expliqué.
Pour le ministre, la différence c'est qu'"aujourd'hui on peut
interdire à un élève de venir la tête couverte, alors qu'autrefois
on ne pouvait pas le faire".
François Fillon a dit miser sur "l'autorité" des chefs d'établissement
et sur leur "discernement". Il a rappelé qu'en cas de
conflit, toute procédure disciplinaire d'exclusion sera précédée
d'un "dialogue" avec l'élève.
UNE CIRCULAIRE QUI "NE REGLE PAS TOUT"
Il a cependant reconnu que la circulaire ne pouvait pas tout régler
"parce que les questions liées à la laïcité sont bien plus
profondes que les seules manifestations liées à des signes extérieurs".
"Il y a des problèmes plus graves dans la société française",
a dit le ministre, dénonçant "les manifestations d'intégrisme
qui naturellement chercheront d'autres manières de s'exprimer".
Mais, a-t-il ajouté, "la loi permet de mettre fin à une dérive".
"Pendant 15 ans on a tourné autour du pot, autour de cette
question de voile. D'une certaine manière les organisations les plus
intégristes ont considéré qu'il y avait une faiblesse de l'Etat
français et que l'on pouvait exploiter cette faiblesse en allant le
plus loin possible dans la provocation."
"Maintenant (...), il n'y a pas de faiblesse. L'Etat est décidé
à faire appliquer la loi sur la laïcité", a souligné François
Fillon.
Toutefois, a ajouté le ministre, "on ne peut pas réglementer
les tenues des élèves, ou alors c'est l'uniforme".
"J'ai cherché la clarté et l'efficacité. Je me suis - bien
humblement - efforcé de me glisser dans la peau de ceux qui devront
la mettre en pratique avec autorité et tact", a-t-il expliqué
au CSE.
"Nul ne doit se sentir stigmatisé par le renforcement de la laïcité
et nul ne doit se sentir offensé par les observations des différentes
autorités confessionnelles", a-t-il ajouté, défendant "un
axe républicain qui ne soit ni angélique, ni arbitraire".
"Ni angélique car les velléités de contournement ne peuvent être
écartées, ni arbitraire car l'application de la loi ne doit pas être
vécue par toute une jeunesse comme un carcan abusif, ni perçue comme
un instrument grossièrement tourné contre la liberté de
conscience."
Evoquant la question des sikhs, François Fillon a indiqué qu'un
"arrangement" avait été trouvé avec cette communauté
dont les lycéens porteront désormais un "filet" sur la tête
en remplacement du traditionnel turban.
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