jeudi 5 février 2004, 20h06
Laïcité: les collectivités d'outre-mer et l'Alsace-Moselle
devront appliquer la loi
Les députés ont adopté jeudi
soir en première lecture l'article 2 du projet de
loi sur la laïcité, qui étend l'interdiction
des signes religieux "ostensibles" dans
les écoles publiques aux collectivités
d'outre-mer et à l'Alsace-Moselle sous le régime
du Concordat. La loi sera toutefois appliquée
avec souplesse, dans le respect de certaines spécificités
locales.
A compter de la rentrée scolaire 2004, les écoles,
collèges et lycées publics du Bas-Rhin, du
Haut-Rhin et de la Moselle devront proscrire le
port des signes religieux "ostensibles".
Cela ne remet pas en cause leur régime spécifique,
hérité du Concordat de 1801: la loi du 9 décembre
1905 sur la séparation de l'église et de l'Etat
ne s'applique pas à ces trois départements, qui
étaient alors allemands des suites de la défaite
de 1870. Lors de leur restitution en 1919, la
France s'était engagée à maintenir les choses
en l'état.
Soulevant les foudres des députés alsaciens et
mosellans, la députée Verte Martine Billard a
vainement tenté de remettre en cause
l'organisation de l'enseignement religieux en
Alsace-Moselle. Les établissements scolaires
publics y sont en effet tenus d'organiser
l'enseignement des quatre cultes reconnus (église
catholique, confession d'Augsburg, culte réformé
d'Alsace et Lorraine et judaïsme). Les élèves
sont obligés d'assister à ces cours, sauf
dispense du chef d'établissement. La députée écologiste
voulait rendre ces cours facultatifs.
Les collectivités d'outre-mer devront également
se conformer à l'interdiction des signes
religieux "ostensibles", dans le respect
de leurs compétences propres et de leurs
traditions. La loi s'appliquera de plein droit
dans les départements d'outre-mer (DOM) de
Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion, ainsi
que dans l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.
En Nouvelle-Calédonie, seuls les établissements
publics du second degré seront concernés. Dans
les îles Wallis-et-Futuna, dont les 15.000
habitants sont majoritairement catholiques, la loi
ne s'appliquera que dans les collèges et lycées
puisque l'enseignement élémentaire est géré
par l'église catholique. A Mayotte (160.000
habitants à forte majorité musulmane), les
tenues traditionnelles comportant un petit voile
de tradition africaine appelé "kishall"
et une sorte de bandana baptisé "salouva"
resteront autorisées. Enfin, la Polynésie française,
qui jouit d'un statut d'autonomie, n'aura pas à
appliquer la loi.
Ces mesures entreront en vigueur à la rentrée de
septembre 2004. Ce délai, institué pour éviter
une application trop brutale, sera mis à profit
par les établissements pour préparer le terrain
auprès des élèves et adapter leur règlement
intérieur. AP
sch/pyr